DE L’ARGENT MAIS POUR FAIRE QUOI ?
Résultats 2024 groupe SNCF
Les comptes 2024 du groupe SNCF sont désormais connus. Le chiffre d’affaires est annoncé à 43,4 milliards d’euros (contre 41,8 en 2023). Le résultat net est de 1,6 milliard d’euros (contre 1,3 en 2023). Au-delà du satisfecit de la direction, ces résultats doivent être analysés notamment à la lumière du désengagement de l’État, des plans de performances, du développement de la concurrence, de la polyvalence et de la productivité de toutes les cheminotes et tous les cheminots.
Si on peut se féliciter de l’engouement pour le transport ferroviaire, nous savons également combien cet accroissement provoque des tensions dans le quotidien des usagers et des cheminots.
Les capacités de production et la robustesse de l’exploitation ont été fortement mises à mal ces dernières années. Les moyens ont été réduits et l’entreprise fortement désorganisée par les réformes successives, les multiples découpages et réorganisations.
Derrière ces difficultés, ce sont des usagers qui ont bien du mal à accéder aux trains, subissent les dysfonctionnements et les choix stratégiques, tout cela dans une jungle tarifaire qui voit les tarifs s’envoler.
La CGT considère qu’il faut répondre aux besoins de la population, aux exigences du service public et à l’amélioration des conditions de travail des cheminots. Cela passe notamment par des embauches à la hauteur de la situation.
La réforme de 2018 a placé la SNCF dans une trajectoire financière contrainte pour satisfaire aux attentes d’un gouvernement libéral qui organisait dans le même temps la libéralisation généralisée du transport ferroviaire et le projet de liquidation de Fret SNCF.
Les plans de productivité se succèdent. Ils s’appuient notamment sur l’accord classifications-rémunérations permettant d’accroître la polyvalence en transformant profondément les métiers et les conditions de travail des cheminots.
Ces plans de productivité aboutissent également à la réduction des programmes de maintenance et d’investissements, à l’affaiblissement des capacités industrielles, sacrifiées sur l’autel de la rentabilité.
L’ÉTAT SE DÉSENGAGE…
LES CHEMINOTES ET LES CHEMINOTS EN PAYENT LE PRIX !
La SNCF participe de manière importante au financement de la régénération du réseau ferroviaire à travers le fonds de concours mis en place dans le cadre de la loi de 2018. En 2024, c’est ainsi 1,7 milliard d’euros qui a été affecté à ce dernier (« à peine » 1 milliard en 2023).
C’est donc la SNCF, sur ses seuls résultats, produits par le travail des cheminots, qui vient assurer le financement de la régénération du réseau ferré national, propriété de l’État, dans un marché que le Gouvernement a décidé d’ouvrir à la concurrence !
Ce sont des moyens qui manqueront à la SNCF pour mieux assurer ses missions, améliorer la qualité de service vis-à-vis des usagers et répondre aux fortes attentes d’amélioration des conditions de travail et sociales des cheminots.
À l’heure où les enjeux environnementaux sont au coeur du débat public, rien ne pourra se faire sans des financements à la hauteur de telles ambitions.
L’État doit non seulement assumer ses responsabilités en termes de report modal en mettant en place des politiques favorables au transport ferroviaire mais également contribuer davantage au financement du système dont la responsabilité ne peut pas peser que sur le Groupe SNCF et donc sur les cheminots.
Pour la Fédération CGT des Cheminots, il est impératif de sortir de l’écueil de la mise en concurrence, de la seule logique de profit et de revenir à une entreprise unique, publique et intégrée : la SNCF.
L’État doit reprendre son rôle stratège en termes d’aménagement du territoire, notamment en abandonnant sa stratégie de désengagement progressif dans le développement du système ferroviaire français.
La Fédération CGT des Cheminots continuera donc de porter la nécessité d’une loi pluriannuelle de financement des infrastructures ferroviaires, de même qu’elle entend bien prendre toute sa place dans le cadre de la conférence de financement, tout en poursuivant avec détermination la bataille contre la concurrence.